Le calvaire des filles mères

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Sena Ciss
Inscrit le 14 août 2017
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Crédit  photo: Valeria Rodriguez/pixabay

Crédit photo: Valeria Rodriguez/pixabay

Pour clôturer notre stage sur la campagne « Mettre un terme à la violence faite aux enfants » sur LVDJ nous (Seynabou et Rabiatou) avons décidé de parler des difficultés auxquelles sont confrontées les jeunes mamans et de ce qui les empêchent de s’épanouir.

Le calvaire des jeunes mamans

De nos jours, le phénomène des mères-enfants prend de plus en plus d'ampleur. Elles sont nombreuses à grossir le rang de jeunes mamans et souvent à un âge précoce. Elles ont vécu différentes expériences et partagent aujourd'hui les mêmes peines et le lourd fardeau d'être des filles-mères dans des sociétés encore conservatrices.

Alissa, assise sur une chaise, le regard dans le vide, sa petite fille sur ses pieds en train de jouer avec une poupée. C’est l’image que donne cette jeune maman mariée à l’âge de 15 ans. Elle se souvient encore de ces moments douloureux vécus au quotidien, et de sa grossesse qui a donné lieu à une césarienne du fait d’une complication à l’accouchement. Depuis, elle a arrêté ses études alors qu’elle commençait à peine le collège.

Selon les statistiques sanitaires mondiales en 2014 de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le taux de natalité moyen chez les jeunes filles de 15 à 19 ans est de 49 pour 1000 jeunes filles. La grossesse chez l’adolescente reste l’un des facteurs de mortalité de la mère et de l’enfant et contribue au cycle de la mauvaise santé et de la pauvreté.

A peine sortie de l’adolescence, nombreuses sont les jeunes filles comme Alissa qui se voient mariées, et devenir des jeunes mamans l’année suivante. C’est une période qu’elles vivent difficilement. Leurs calvaires sont énormes et les empêchent de s’épanouir.

Selon Benoît Kalasa, représentant de l'UNPFA en Afrique de l’Ouest, «7,3 millions de filles, soit 19% d'entre elles, deviennent mères chaque année dans les pays en développement alors qu’elles ont moins de 18 ans. Parmi elles, 2 millions ont moins de 14 ans» (1). Selon cette enquête, 90% de ces femmes ont des bébés dans le cadre d’un mariage forcé ou arrangé.

Mais qu’est ce qui amène ces jeunes filles à subir ce sort ?

Ces jeunes filles, pour la plupart, n'ont pas choisi de vivre cette situation. En effet, certaines ont été mariées de force dès leur âge pubère, n'ayant même pas eu le temps de se découvrir en tant que femme et de s'approprier leur corps. Elles se retrouvent en gestation assez tôt. Selon l'unicef, concernant le mariage précoce des enfants, au Sénégal 32.8% des femmes âgées entre 20 et 24 ans ont été mariées avant les 18 ans. Elles constituent 51,73% en Guinée. (2) D'autres n'ont même pas eu le temps de réaliser ce qui leur arrivait, elles ont été victimes de viol. Elles bénéficient rarement d'une prise en charge médicale dans ce genre de cas, car les dénonciations sont généralement rares. Sur 10 000 cas de viol d’enfants recensés au Sénégal, seuls 3200 atterrissent devant les tribunaux.(4) Souvent, le bourreau vient de la famille proche, et la jeune fille se sent culpabilisée.

À côté du cas des jeunes filles victimes de rapports forcés, d'autres par contre vivent un amour de jeunesse. Par faute de sensibilisation et d'éducation sexuelle, elles en viennent à endosser des responsabilités énormes pour leur jeune âge.

Quelle que soit la cause de leur état, ces jeunes filles font face aux mêmes défis. À côté du fait de devoir s'accommoder à une vie à laquelle elles n'ont pas été préparée, elles subissent le regard accusateur de la société. L'impact psychologique est énorme, sans oublier qu'elles perdent aussi leur statut. Nombre de jeunes filles ont été virées de leurs écoles, d'autres ont abandonné pour ne pas être victimes de moqueries. Elles peuvent aussi avoir des problèmes de santé une fois à terme, dus à leur jeune âge et leur manque d'expérience.

Il est évident que les conséquences sont nombreuses et néfastes. Une approche différente de ce phénomène serait souhaitable afin de mieux aider ces filles à bien intégrer la société en tant que mère ou mieux, éviter qu'elles tombent enceintes. Ceci passe par une sensibilisation auprès des jeunes en leur proposant une éducation sexuelle adaptée à leurs besoins et aux contextes locaux. Une bonne éducation sexuelle peut aider à prévenir non seulement des grossesses mais aussi tout autre problème de santé .

Il faudra aussi ouvrir un espace d'expression auprès de toutes les jeunes filles afin qu'elles puissent s’exprimer facilement et recevoir l'aide nécessaire dans les temps voulus, que ce soit à propos d'un mariage forcé ou un viol. Et aussi pour faire des enfants il faut être deux, donc la sensibilisation des jeunes hommes aux problèmes générés par les grossesses précoces est essentielle.

Par ailleurs, la société doit être plus indulgente à leur égard, sachant que la plupart de ces jeunes filles n'ont pas fait le choix d'être mères si jeunes. Et l’État doit mettre en place des programmes de réintégration, surtout pour celles qui ont été contraintes d'abandonner leurs études.


Raby et Seynabou

Sources

(1) www.liberation.fr/planete/2013/10/30/les-meres-enfants-une-realite-dans-les-pays-en-developpement_943369

(2) Unicef, Mariage d’enfant et grossesses précoces et formation de la famille en Afrique de l'ouest et du centre.

(3) UNFPA

(4) OMS




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